Vingt mille lieux sous la terre

En France, le premier cheval est descendu dans une mine en 1821, à Rive-de-Gier (Loire). Il faudra attendre plus d’un siècle et demi, en 1969, pour assister à la remontée du dernier cheval. Entre temps, l’animal aura permis aux hommes une évolution industrielle et un rendement minier considérables. Sa force et sa cadence ont ainsi généré une hausse de l’extraction journalière, une baisse des effectifs humains et une baisse du coût de la tonne transportée. Chaque jour, le cheval était accompagné d’un conducteur le guidant, lui donnant les ordres pour s’arrêter et repartir, dégageant la voie en cas d’obstacle sur le passage. Il parcourait ainsi 20 à 30 kilomètres de galerie. Certains conducteurs développaient une réelle complicité avec leurs bêtes, partageant leur casse-croûte avec elles. D’autres, au contraire, s’avéraient bien peu charitables envers leurs compagnons d’infortune. En témoigne l’existence de procès-verbaux fixant des amendes pour maltraitance, surcharge… Il faut dire que les palefreniers, chargés de soigner, nourrir et panser les chevaux, repéraient vite les blessures et les sévices. De plus, des vétérinaires, affiliés à chaque mine, rendaient compte de l’état des bêtes et des traitements à prodiguer. Le maréchal-ferrant passait une fois par mois environ.

En haut, lié dans un filet, [le cheval] se débattait éperdument ; puis, dès qu’il sentait le sol manquer sous lui, il restait comme pétrifié, il disparaissait sans un frémissement de la peau, l’œil agrandi et fixe. La descente dura près de trois minutes.

Émile Zola, Germinal, 1885

Sous terre, les chevaux souffraient de nombreux traumatismes : chocs contre les parois, chutes, maladies de pied et de peau du fait d’une eau stagnante au sol et d’un taux d’humidité élevé, plaies de harnachement… Des accidents pouvaient leur coûter la vie, comme les coups de grisou ou les éboulements.

Contrairement à l’idée reçue suivant laquelle tout cheval descendu ne revoyait jamais le jour de son vivant, de nombreux chevaux miniers ont pu goûter à nouveau la saveur de l’herbe. À partir de 1920, certaines mines possédaient des sortes de monte-charges permettant de remonter les chevaux tous les week-ends. Et à partir de 1936, tout comme les salariés, les chevaux miniers avaient droit à deux semaines de vacances (pâture) par an.

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