Jules Janin, Un été à Paris, 1843, pp.137-141

Baucher présente au public, au cirque des Champs-Élysées, de 1838 à 1848, un spectacle de chevaux qui fait courir le tout Paris.

« J’ai eu la joie de voir M. Baucher monter son beau Partisan. Ce M. Baucher est un très-habile écuyer qui a forcé le plus terrible cheval qui soit venu d’Angleterre à exécuter même des quadrilles et des pas dont M. Vestris lui-même, le grand Vestris, mort cette année dans un incognito qui l’eût bien étonné, le malheureux homme! eût été grandement jaloux. Dans le système Baucher, le cheval n’a plus ni volonté, ni intelligence, ni souvenir. Il n’est plus qu’une machine, ou, si vous aimez mieux, une force obéissant aux moindres mouvements que lui transmet le cavalier, sans que la moindre résistance soit possible. Aussi Partisan fut-il dompté dès le premier jour. Dès le premier jour, ainsi monté, ce terrible cheval devint tout de suite un animal docile et calme. Tout ce qu’on lui demande il l’accorde sans peine, sans effort. Il va, il vient, il s’arrête, il se cabre, il saute, il vole, il marche, il tourne sur une jambe, sur l’autre jambe, il galope avec les jambes de derrière, il marque la mesure comme M. Habeneck; vous n’avez aucune idée de cette facilité, de cette grâce, de cette élégance, de cette légèreté. Est-ce un homme? est-ce un cheval? D’où vient cela? On n’en sait rien. Le cavalier est aussi calme que sa bête. Il est en selle, et malgré toute votre attention, vous ne sauriez dire comment donc s’exécutent, l’un portant l’autre, tous ces grands tours de force qui ne sont pas des tours de force! En effet, vous ne voyez agir ni les mains ni la jambe du cavalier; vous diriez que le cheval agit de lui-même, et parce que c’est là son bon plaisir. Quand Partisan reste les deux pieds de devant fixés sur le sol, et qu’il marque largement des foulées avec le pied de derrière, ou bien quand il se tient sur les pieds de derrière, et qu’il agite en cadence les pieds de devant, le vulgaire est tenté de crier: C’est miracle ! Le miracle, c’est qu’il n’y a pas de miracle; c’est la chose la plus simple du monde; ce beau résultat est le résultat de l’équilibre, que le corps du cavalier soit porté d’arrière en avant, ou bien d’avant en arrière. Quelle précision cependant ne faut-il pas, quand par exemple le cheval doit ne remuer que les deux jambes diagonales! Avec quelle justesse faut-il surcharger ou alléger telle ou telle partie de l’animal ! Mais aussi un cheval ainsi monté est le beau idéal du genre cheval et du genre cavalier. Jusqu’à présent en fait de chevaux montés en public, vous n’avez guère vu que des comédiens ; Partisan est un véritable cheval ! »

Image :
Baucher sur Partisan
Baucher et son cheval Partisan.

Cadre noir de Saumur